Fondation Tourre

Soutien financier à la recherche fondamentale contre le cancer

Fondation reconnue d'utilité publique, décret du 1er ministre en date du 9 février 2010

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Guillaume CANAUD, lauréat du Prix Fondation TOURRE en 2017

Néphrologue à l’Institut Necker-Enfants malades à Paris, Guillaume Canaud reçoit le Prix Innovation de l’Inserm 2024 pour son audace et sa persévérance. Avec toute son équipe, le médecin-chercheur a redonné l’espoir à des personnes atteintes d’une maladie rare très sévère en leur proposant un premier et unique traitement efficace.

Converti aux maladies rares

Voilà une belle histoire. Celle d’un chercheur Inserm qui a entraîné son équipe dans la découverte inopinée d’un traitement pour des personnes atteintes d’une maladie rare redoutable. Ce chercheur, c’est Guillaume Canaud, néphrologue de formation et docteur en sciences. Après ses études de médecine et un postdoctorat à Boston, il s’installe à l’hôpital Necker en tant que maître de conférences des universités-praticien hospitalier. Il y reçoit des patients atteints de maladies rénales et y crée son équipe de recherche Inserm grâce à une bourse du Conseil européen de la recherche (ERC) d’un million et demi d’euros. Il se destine à l’exploration d’une voie moléculaire dysfonctionnelle dans l’insuffisance rénale chronique qui implique une protéine, PIK3CA, et le gène qui lui correspond. 

« Ce projet était dans la continuation de mes premières recherches effectuées en thèse et en postdoctorat. Mais un jour de 2015, un évènement a rebattu les cartes. » 

Le néphrologue reçoit alors en consultation un jeune homme de 27 ans qui souffre d’une insuffisance rénale chronique doublée d’une maladie rare, le syndrome de Cloves, responsable d’excroissances sur différents organes et tissus. Très sévèrement atteint, son pronostic vital est sombre.

Le patient qui a tout changé

« Cette rencontre m’a ébranlée. Je voulais agir pour ce patient. Je suis rentré au laboratoire et ai fait des recherches sur ce syndrome. » 

Guillaume Canaud découvre qu’il est justement lié à une mutation dans le gène de la protéine PIK3CA. Il pense qu’inhiber celle-ci chez le patient pourrait améliorer son pronostic. Il se rapproche alors d’un laboratoire pharmaceutique qui développe un inhibiteur de PIK3CA dans le domaine de la cancérologie. Il obtient ainsi de haute lutte, auprès du laboratoire et de l’agence française du médicament, un accès compassionnel à la molécule, qui semble représenter la seule solution thérapeutique : il va pouvoir la tester même si elle n’est pas prévue pour cette pathologie.En parallèle, il réoriente les recherches de son équipe sur ce syndrome de Cloves. 

« Nous avons développé un modèle murin qui mime les symptômes de ce patient pour étudier la formation des excroissances, les mécanismes physiopathologiques, et décrire l’ensemble des manifestions. Finalement la bourse de l’ERC a servi à cela ! » 

L’équipe publie rapidement des premiers résultats et la santé du jeune patient s’améliore.

Dépasser le cadre compassionnel

Rapidement, une cinquantaine de patients se rend à l’hôpital Necker et demande à bénéficier du traitement. Et près de 3 000 malades et médecins dans le monde contactent l’équipe pour avoir des informations sur la maladie et cette innovation thérapeutique. Guillaume Canaud décide d’interrompre ses consultations de néphrologie pour prendre en charge des personnes atteintes d’un syndrome de Cloves ou de maladies apparentées. 

« Avec mon équipe nous avons découvert d’autres mutations, développé de nouveaux modèles animaux, documenté un grand nombre de cas, et planchons sur d’autres repositionnements de médicaments comme ce fut le cas pour cet inhibiteur de PIK3CA. »

Dans le même temps, Guillaume Canaud œuvre, avec d’autres collaborateurs, auprès des agences américaine et européenne du médicament pour faire approuver ce traitement chez les personnes atteintes du syndrome de Cloves et de troubles apparentés. La première octroie cette autorisation en 2022 grâce aux données collectées en vie réelle auprès de 57 cas, dont 44 traités à Necker. La seconde exige une étude clinique contrôlée contre placebo, qui est en cours, mais accepte de poursuivre la délivrance du médicament à titre compassionnel.

Ce médicament est désormais considéré comme le premier et unique traitement dans cette indication. 

« Je suis la partie visible de l’iceberg mais c’est grâce à toute l’équipe et au soutien de l’Inserm que nous sommes parvenus à cette avancée majeure pour les patients, et c’est tous ensemble que nous recevons avec joie ce Prix Innovation. » 

Fort de cette expérience, Guillaume Canaud a été choisi en 2023 par le gouvernement pour copiloter le 4e plan national sur les maladies rares.

En mai 2026, l’European Medecines Agency a recommandé l’octroi d’une autorisation de mise sur le marché conditionnelle dans l’Union européenne (UE) pour Vijoice afin de traiter les adultes et les enfants âgés de 2 ans et plus atteints de troubles du spectre de surcroissance liés à PIK3CA (PROS) graves ou potentiellement mortels.

Le syndrome PROS regroupe diverses maladies génétiques rares caractérisées par une croissance incontrôlée de certains tissus, entraînant des malformations et des lésions de la peau, des os, des vaisseaux sanguins et du cerveau. La gravité du syndrome PROS varie d'une croissance localisée à une croissance sévère, étendue et potentiellement mortelle, touchant des organes vitaux ou des vaisseaux sanguins.Il n'existe actuellement aucun médicament autorisé pour le PROS et le traitement consiste en des soins de soutien, y compris des interventions chirurgicales et des procédures visant à bloquer les vaisseaux sanguins hypertrophiés.

Le syndrome PROS est causé par des mutations du gène PIK3CA, entraînant la production d'une forme anormale de l'enzyme PI3 kinase, impliquée dans la croissance cellulaire. Cette forme anormale de PI3 kinase provoque une prolifération tissulaire excessive (lésions) et des malformations.

La substance active de Vijoice, l'alpelisib, est un inhibiteur de la PI3 kinase qui agit en bloquant l'activité de l'enzyme, réduisant ainsi la croissance anormale des tissus.

Vijoice est disponible sous forme de comprimés et de granulés et est destiné aux personnes présentant des manifestations graves ou potentiellement mortelles du PROS et nécessitant un traitement systémique (traitement qui affecte l'ensemble du corps).

La recommandation de l'EMA repose sur les résultats d'une étude principale ayant consisté en une analyse rétrospective des dossiers médicaux de 57 patients âgés de 2 ans et plus ayant reçu de l'alpelisib dans le cadre d'un programme d'accès compassionnel. Ces patients présentaient des symptômes graves ou engageant le pronostic vital d'un syndrome de prolifération prostatique (SPP) nécessitant un traitement systémique. Le critère principal d'efficacité était le nombre de patients présentant, après 24 semaines de traitement, une réduction d'au moins 20 % de la taille de 1 à 3 excroissances ou lésions anormales, principalement évaluée par imagerie. Parmi les 32 patients évalués à 24 semaines, 37,5 % (12 sur 32) ont répondu au traitement par Vijoice.

Une étude de suivi menée auprès de patients ayant participé au programme d'accès compassionnel a fourni des preuves supplémentaires confirmant l'innocuité et l'efficacité du médicament.

Les effets secondaires les plus fréquemment rapportés avec Vijoice étaient l'hyperglycémie (taux de sucre élevé dans le sang), la diarrhée, les maux de tête, la stomatite (inflammation de la muqueuse buccale), l'alopécie (chute de cheveux), la dermatite (inflammation de la peau), la sécheresse cutanée et les nausées.

Pour prendre sa décision, l'EMA a consulté des experts cliniques ayant une expérience du traitement du PROS.

Vijoice est recommandé pour une autorisation de mise sur le marché conditionnelle, un des mécanismes réglementaires de l'UE visant à faciliter l'accès rapide aux médicaments répondant à un besoin médical non satisfait. Ce type d'autorisation permet à l'Agence de recommander un médicament pour une autorisation de mise sur le marché avec des données moins complètes que d'ordinaire, si le bénéfice d'une disponibilité immédiate du médicament pour les patients est supérieur au risque lié à l'absence de données complètes.

L'entreprise réalisera une étude afin de confirmer plus avant l'efficacité et l'innocuité de Vijoice dans le traitement des patients adultes et pédiatriques atteints de PROS.

L'avis du CHMP constitue une étape intermédiaire dans le processus d'accès des patients à Vijoice. Cet avis sera désormais transmis à la Commission européenne pour décision d'autorisation de mise sur le marché à l'échelle de l'UE. Une fois l'autorisation de mise sur le marché accordée, les décisions relatives au prix et au remboursement seront prises au niveau de chaque État membre, en tenant compte du rôle ou de l'utilisation potentielle de ce médicament dans le contexte du système de santé national de ce pays.

Notes

  • Le demandeur pour Vijoice est Novartis Europharm Limited.
  • Vijoice a été désigné médicament orphelin pour PROS le 26 mars 2021.
  • Suite à cet avis positif du CHMP, le Comité des médicaments orphelins (COMP) évaluera si la désignation de médicament orphelin doit être maintenue.
  • Dans l'UE, l'alpelisib est déjà autorisé sous le nom de Piqray pour le traitement de certaines formes de cancer du sein présentant une mutation PIK3CA, en association avec un autre médicament appelé fulvestrant. 

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